Dimanche

Dernière journée. Un tour à Tunis, dans sa médina aux mille et un recoins. Déjeuner avec l’homme de la situation, mon professeur d’histoire, de musique, mon guide. Ahmed. Un homme fantastique, généreux, OH COMBIEN! généreux.

Dans la médina, j’effectue mes quelques derniers achats. Je n’ai plus de vêtements propres depuis deux jours. Je porte donc ma dernière petite robe. Elle n’est pas sexy, mais tout de même jolie. Je la sais quand même inappropriée. Je ne marcherais pas seule, mais avec Ahmed, ça va. Nous passons devant un de ces innombrables cafés d’hommes. Les regards. Les sous entendus. Les chuchotements. Les arrière-pensées.

Comment pourrais-je décrire tout ce mépris que j’éprouve envers tous ces hommes assis là? Je passe et ils me regardent, me déshabillent du regard. Comme de la viande devant des chiens.

Avenue Habib Bourguiba, coeur de la révolution

Avant la révolution, les femmes ne se sentaient pas menacées. Maintenant oui. Paradoxe? Selon Ahmed, avec qui je partage des opinions politiques et beaucoup d’espoir en un monde plus humain, c’est l’entre-deux, le passage vers le meilleur. Est-ce que cette insécurité féminine, qui est paradoxalement confondue avec de l’épanouissement chez certains, en vaut le coût? Ce qui est à venir sera-t-il réellement mieux que le passé? Car le présent n’est pas confortable, pas du tout…

Pour moi, Québécoise, c’est dégoutant. En plus d’avoir le pouvoir, les hommes veulent la paix, la tranquillité, au café. Ils ont besoin de se retrouver entre hommes?! Que les femmes restent avec les enfants à maison! Que reste-t-il pour elles alors? C’est très archaïque, très primate, et ça me lève le cœur. Voilà, je l’ai dit.

Le dimanche à Tunis, c’est mort. Ailleurs aussi en fait. Rien n’est ouvert presque, seuls quelques boutiques et souks de la médina le sont jusqu’à midi. On doit partir à 12 h 30, car la grande rue Habib Bourguiba, lieu des manifestations passées, se vide. C’est trop chaud, et le dimanche c’est congé. Selon Ahmed, soulons et sans-abris sortent alors, et ça peut être dangereux. Nous partons.

Dernier thé à la menthe

À la foire artisanale de Sousse, j’avais rencontré un artisan vivant à la Soukra, de qui j’ai acheté un magnifique tapis bleu à la Sidi Bou, et qui m’avait donné sa carte de visite. Comme je voulais plus que tout revoir ces beaux tapis, Ahmed l’appelle pour moi et l’artisan nous invite, moi et mon ami, à le rejoindre. Alors que nous étions à la cherche du magasin ou de l’atelier de l’homme, c’est à sa maison privée, dans une des ruelles de la Soukra qui ne permettent pas que deux voitures se croisent, que nous nous sommes retrouvés, après 1h de recherche. Ahmed croit que le quartier populaire dans lequel nous nous trouvons peut être dangereux. Moi et mon insouciance croyons que c’est OK.

Cogne à la porte. « Aslaama? » Un homme nous accueille et discute en arabe avec Ahmed. Je ne comprends pas, et il faut dire que pour moi, une discussion arabe ressemble toujours à une dispute! Ahah… Ahmed me fait signe que nous sommes en sécurité. J’achète un autre superbe tapis en souvenir des gazelles, surnoms que donnent les hommes aux jolies filles qu’ils interpellent sur la rue, en souvenir des souks et des médinas, où je me faisais appeler la belle gazelle et où, chaque fois, je lançais des lames de feu du regard aux hommes.

C’est la femme de l’artisan et ses sœurs qui tissent les tapis. Ils nous ont invités à prendre le thé, mais nous devions déjà repartir pour La Marsa.

Ahmed est extraordinaire! Il adore magasiner, surtout des vêtements de filles et des manteaux de laine (clin d’œil! Excuse-moi, Ahmed, j’ai encore oublié le nom de ce bel habit!). Il me protège, il est un ange gardien et se fait un devoir de tout me montrer et de m’apprendre plein de choses. Je le garderai dans mon cœur pour toujours.

Demain matin est jour du départ. Ça me fend le cœur. J’ai chaud, j’ai chaud, j’ai chaud… Mais ça me manquera. Oh, plus que tout…

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2 thoughts on “Dimanche

  1. moi je dis : reviens 🙂
    P.S: tout le plaisir est pour moi , la cape s’appelle BOURNOUS et magasiner des vetements de filles j’aime toujours pas meme quand c’est sarcastique hahahahahaha , bisous

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