Gros défi aujourd’hui : former des équipes entrepreneuriales, multiculturelles et, surtout, avec des gens aux compétences et qualités diversifiées et complémentaires entre elles. Pas évident de mettre en commun ce brouhaha d’idées, de goûts, de différences et de contrastes.

La journée a débuté par une conférence très enrichissante sur la diversité culturelle, particulièrement sur les différences entre les Québécois et les Tunisiens, donnée par M. Lalonde, professeur à l’Université de Sherbrooke. Prendre conscience de nos barrières est difficile, mais M. Lalonde a su nous exposer de manière globale les tendances culturelles de chacun de nos pays…
La culture arabe est assez à l’opposé de la culture québécoise; la dignité, le respect, la solidarité, la fraternité, la réciprocité, le fatalisme et le paternalisme sont toutes des caractéristiques typiquement arabes, alors qu’au Québec c’est davantage l’individualisme et le travail qui marquent les relations. Si une vieille connaissance du secondaire vous appelle pour vous demander une faveur, vous sentirez-vous obligé d’acquiescer à sa demande? Probablement pas, mais les Tunisiens oui.

Le rapport au temps est aussi extrêmement différent, et nous, les Québécois, nous en sommes aperçu très rapidement. C’est d’ailleurs mon petit choc culturel. Lorsqu’on a rendez-vous à 9 h, les Québécois y sont à 8 h 50, alors que les Tunisiens peuvent se pointer seulement à 9 h 20, 9 h 30, voir 10 h. On fait maintenant une petite blague entre nous lorsque nous nous donnons rendez-vous : « On se voit à 17 h, heure tunisienne?! »
Je trouve vraiment difficile de laisser aller les choses, de me dire « peut-être que oui, peut-être que non, on verra »… Tout est souvent confus et vague dans les projets. Et pour ajouter à mon drame (clin d’œil!) le oui et le non n’ont pas du tout le même sens ici. Il ne faut pas s’impatienter et demander avec impatience ou exaspération quand on sera à destination, quand on pourra manger ou s’il y a le réseau, car on nous répondra « oui, oui », ce que l’ont veut entendre, quoi, pour éviter la tension.

La différence entre les sexes a été abordée rapidement. Lors de la période de questions, M. Lalonde fut interrogé sur la raison de ce point, pour nous majeur, négligé. La réponse fut vague, imprécise.
Dans notre groupe de 34 participants, seule une femme porte le voile (son visage n’est pas couvert). Est-ce tabou au point de vouloir éviter le sujet si une femme voilée se trouve dans la salle? Ou parce que nous, Québécoises, qui sont parmi les femmes les plus émancipées de la planète, nous en verrons choquées? A-t-on même peur d’en parler lors d’une conférence sur les différences culturelle présentée à de jeunes étudiants et travailleurs ouverts d’esprit et mature? Je crois que oui. Et je suis déçue de ne pas en avoir appris davantage, car je me questionne beaucoup.

Ce soir, lors de ma première sortie au centre-ville, à la médina, j’ai croisé pour la première fois des femmes portant la burka. On ne pouvait voir ni leurs yeux, ni leurs mains, ni leurs pieds. C’est un sentiment difficile à expliquer, mais j’ai senti un frisson le long de ma colonne vertébrale. Elles sont comme des fantômes dans la foule, des ombres noires circulant lentement.

Nous avons dîné (dîné Tunisien!) autour de 21 h 30 près de la médina. J’ai mangé un bon couscous ainsi qu’un brik nature (œuf enrobé d’une pâte phyllo, le tout cuit dans l’huile). Au café voisin : que des hommes, certain fumant la shisha ou la cigarette et sirotant un thé trop sucré à la menthe.
« Existe-t-il des cafés réservés uniquement aux femmes? », avons-nous demandé à Yacine et Safé, un Algérien et une Tunisienne.

« Bien sûr que non, les hommes veulent se retrouver entre eux et parler de leurs journées ou de leurs affaires! Les femmes restent à la maison avec les enfants! »
