Mes petits rayons de soleil

Aujourd’hui j’étais à Dinaledi, une crèche où des enfants encore plus défavorisés qu’à Roly Poly s’y trouvent. Ça ne se voit pas comme ça, au premier regard, car même dans l’extrême pauvreté, les gens sont fiers. On préfère acheter de nouveaux vêtements ou une voiture neuve qu’acheter une nouvelle maison, plus chaude, plus vivable. Alors au premier regard, ces enfants sont des enfants comme les autres. C’est quand on connaît leur histoire, quand on parle de leur famille, de leur vie, qu’on constate la détresse et la misère.

Les enfants arrivent vers 6h à la garderie et repartent après 17h… Dès l’arrivée, c’est le petit déjeuner, les chants, les prières, la récitation de versets de la Bible… Puis on peint, on bricole, on dessine au pastel… De belles oeuvres qui brillent, et des enfants heureux et fiers.

C’est le dîner, puis la sieste. Vers midi, les enfants sont épuisés. Ils sont souvent levés depuis 3h ou 4h du matin… Pendant que les enfants dorment, on prend le thé, on placote entre institutrices… J’écoute Mpoh (elle dit aux autres institutrices, en riant, que je suis sa petite sœur!), discuter avec la directrice… Elle doit parler à un papa qui laisse ses enfants en dehors des grilles de l’école à 5h du matin. Les grilles ouvrent seulement à 6h30. Les enfants doivent attendre seuls.

Hillbrow, c’est un des quartiers les plus dangereux de Johannesburg. Le taux de criminalité est plus élevé que partout ailleurs en Afrique du Sud. « I know him, I know the father. He’s rough, he’s rough »… que Mpoh répète, comme si, bien que déterminée à lui parler, elle a un peu peur…

Les enfants de cette crèche ont entre deux et six ans. Ce sont encore des bébés. Et ils sont laissés à eux-mêmes sur le coin de la rue par leurs parents qui doivent aller travailler pour quelques sous. En taxi, je barre les portes, je cache mon sac sous mes pieds, j’essaie d’avoir l’air normale… Et ces enfants attendent sur le trottoir que les grilles de l’école s’ouvrent. Et il fait froid ! C’est l’hiver ici. Je suis toujours gelée. Les mains de ces petits aussi d’ailleurs. Toute la journée, elles sont gelées… Ils gardent leurs tuques et leurs manteaux même à l’intérieur, car à cause des murs de ciment, il y fait plus froid que dehors.

Quand l’institutrice arrive, quand j’arrive… Alors la pièce se réchauffe. « Teacha ! Teacha ! » me crient les enfants qui veulent tous qu’on pose nos yeux sur eux, qui veulent tous un brin d’attention…  Des rayons de soleil qui s’amusent avec rien du tout. Ils aiment qu’on les touche, ils aiment qu’on les serre. Ils ont besoin d’amour, car à la maison papa et maman ont beaucoup de soucis et sont exténués… Mais cette vie dure, la seule qu’ils connaissent, ne leur enlève ni le sourire, ni la joie de vivre qui les anime.

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