C’est l’hiver à Cape Town, et aujourd’hui, j’ai senti le froid.
Jour de pluie. Nous sommes partis tôt ce matin pour visiter Langa. Ce township est le plus vieux de Cape Town. Il est un de ces endroits qui, avant l’apartheid, avaient été désignés pour les Africains noirs seulement.
C’est un peu honteux de visiter un township, mais je crois que sa population se prête bien au jeu et qu’elle, j’espère, tire un maigre avantage de ces tours guidés…
Le tour a commencé avec l’arrivée des guides à l’hôtel, blousons Nike et Colombia flambants sur le dos. Ils disent vivre à Langa (j’apprendrai plus tard qu’à Langa, il y a de très pauvres gens, mais aussi des riches). Le township semble, dès les premiers tournants du minibus, financé par Coca Cola.
Avec la pluie qui battait toujours plus fort et les rues qui s’inondaient tranquillement, il y avait une ambiance dramatique. J’étais gelée et j’avais les pieds mouillés, pauvre de moi… On pouvait à peine circuler à pied à travers le township. On sautait d’une roche à l’autre. La veille, les gens versaient des chaudières d’eau sur les toits des maisonnettes pour vérifier qu’il n’y avait pas de fuite… Pour les habitants, c’est le quotidien.

À mesure que la pluie tombait, les rues s’inondaient… Les voitures qui circulaient envoyaient des vagues aux quelques passants qui courraient d’une cabane à l’autre. Les vêtements pendus aux cordes à linge dégoutaient… Mais c’est le week-end, et dans plusieurs maisons, la musique résonnait. Une scène troublante.
On imagine facilement le désordre des townships. J’étais loin de me douter de toute l’organisation en place et de toute la dignité qui y règne. Des toilettes communes aux petits commerces improvisés, des cuisines plein-air aux shebeens, les 50 000 habitants s’organisent et s’entraident. Ne vous étonnez pas, 50 000 habitants c’est très peu; d’autres townships habitent plus de 2 millions d’habitants…
On peut maintenant circuler dans Langa. Le guide a parlé de cette liberté de mouvement qui voit le jour en Afrique du Sud. « C’est, dit-il, le début de la démocratie ».
Si je suis toujours sceptique quant au réinvestissement des 350 rands que j’ai payé pour cette visite, je n’ai pas de doute sur la beauté, la sincérité et la joie de vivre des enfants qui font partie du Happy feet youth project. Ce projet de développement visant à occuper les jeunes après l’école pour les tenir hors de la rue par des cours de danse m’a, vous le devinerez, touché au plus profond.

Quand je pense que des jeunes de 20 ans de Langa n’ont toujours pas vu le centre-ville de Cape Town, ni les vagues de la mer qui frappent les rochers du waterfront, c’est vraiment qu’un monde perdu s’y trouve. Les écoles primaires des ghettos ne sont pas assez développées pour permettre aux enfants d’avoir accès à l’éducation supérieure et le taux de chômage du pays frôle le 33%… Difficile d’être en contrôle de sa vie…
« Education is the most powerful weapon we can use to change the world ».
– Nelson Mandela